Si le sujet intéresse, je fais de l'animation nature (scolaire et scout) depuis 5 ans maintenant, j'aime bien en parler également.
Le couteau à bout rond c'est une grosse blague. C'est juste pour le cas où un gamin court avec, ou se retourne précipitamment et risquerait de planter un de ses copains. Bref, si le gamin a ces deux comportements, c'est qu'il n'est pas prêt, ne lui donnez aucun couteau, pas même une fourchette.
Un couteau, le danger c'est la lame qui coupe.
Alors on serait tenté de dire "ok je donne donc aux enfants des lames pointues mais qui coupent mal, ainsi ils se blesseront pas".
Mais ça serait une connerie, car si ça coupe "mal" l'enfant va forcer, et donc aura bien plus de chances que ça ripe, et de se couper avec.
L'idée est d'avoir un tranchant correct, qui coupe par exemple une sisal en deux coups c'est bien, mais pas rasoir car aie aie la première erreur sera une pause assurée de 4-5 mois avant qu'il n'ose y retoucher (car il aura une belle cicatrice de coupure pour s'en souvenir).
Cela s'est encore vérifié pour moi cet après-midi, un CE2 (8 ans 1/2 donc) s'est coupé avec un mora, il écorçait gentiment du châtaigner sur une chaise en brêlage, et il a voulu "forcer" car ça bloquait sur un noeud, la lame est partie d'un coup sur le pouce de sa main gauche, game over, pression, nettoyage, pression... saigne toujours... Il finira chez le docteur avec, à vue de nez, 3 points de suture. Comme quoi, même supervisé, avec des explications claires et des consignes courtes (jamais la lame vers soi, ne pas laisser de doigts près de la lame, ne jamais forcer, bien ajuster l'angle d'attaque du bois pour éviter la sur-adhérence etc...).
Ce qu'il faut c'est commencé par des gestes simples, écorcer un bâton bien droit, en le calant sous son aisselle, une main vers soi et la lame de l'autre côté en poussant vers le vide, personne à 2m autour, les enfants en cercle à 2m les uns des autres, tous tournés vers le moniteur pour qu'il puisse voir toutes les mains en un seul coup d'oeil. Et ne pas hésiter (surtout pour les 8-9 ans) à répéter, à remontrer, à se mettre derrière eux pour couvrir leurs mains avec les notres et faire les gestes. Les petits ont la mémoire des gestes, plus que la mémoire des mots.
Chez les scouts, les louveteaux-jeannettes commencent à 7 ans les ateliers couteaux, même s'ils n'ont pas tous un couteau personnel, plutôt vers 9 ans pour la plupart. C'est rassurant pour les parent les bouts ronds, mais un enfant se coupera selon mon vécu 2x/20 avec la lame et se plantera ou plantera un copain 1x/100 (en terme de chances que ça arrive). Quand on coupe la viande, un rond est même peu handicapant car le geste n'est pas le même qu'avec la pointe (il faut casser le poignet en arrivant au bout de la lame). Je ne suis pas particulièrement serein pour les 7 ans, surveillance ++ mais les 9 ans (CM1) après 1-2 séances d'1h ils sont autonomes et se blessent rarement.
Par contre en milieu naturel je ne forme qu'à partir de 12 ans, parce qu'on a pas le temps de voir tous les gestes de sécurité en détail, de superviser un enfant "un par un" etc... A 12 ans même les jeunes de la ville ont une motricité suffisante pour comprendre et intégrer rapidement les gestes. Les blessures sont également rares, chez les adultes c'est plutôt une question de prudence, de pas être têtu (on force, on bourrine) et de dextérité. Ceux qui se coupent sont de pas doués (le quidam qui ne fait jamais rien de ses mains) ou un habitué qui a pris un risque pour arriver à enlever le petit bout qui, avec une technique plus sûre aurait simplement pris plus de temps.
Comme dit Ray Mears on apprend mieux en fabriquant quelque chose. Pour moi la gradation est : piquet de tente (sélection, découpe, écorçage, épointage, chanfrein). Ensuite tailler des biseaux, des "fentes en sifflet". L'idée est d'aller du plus loin de la lame (pour les doigts) au plus près. Avec différentes méthodes de travail : prise simple (pleine main), levier-torso (la fameuse méthode chest-leverage), levier-épaule (en utilisant le poids du corps et bloquant le coude pour forcer avec tout le bras, pas juste le poignet) et enfin le levier-genou (lame dos au genou, immobile, le bois bouge dessus). On peut aussi voir la méthode où on plante la lame dans le bois et on travaille le bois (lame immobile aussi = sécurité ++).
Bref, j'aime bien en parler
