Il semblerait que beaucoup n'aient pas compris mon propos. Il ne s'agit pas de tester absolument son matos dans des conditions rigoureuses. Mais simplement de ne pas se laisser arrêté par le temps. Personnellement, je l'ai expérimenté dans des conditions qui malgré la saison étaient clémentes le premier jour, c'est dans la nuit que les températures chutèrent brutalement autour de -15 °C, alors que la veille nous étions en bras de chemise dans l'après-midi, nous savions que la nuit serait froide mais pas à ce point.
L'expérience de Le Nain est un exemple excellent. En plus, il a choisi la difficulté : partir quand c'est enneigé. L'intérêt fut la chute nocturne des températures, la difficulté à allumer un feu.
L'expérience montre les limites d'un matériel, son sac de couchage montra son efficience en deçà de ce pour quelles températures, il est prévu. En revanche, il aurait pu faire beaucoup plus froid au-delà de ce qu'il pouvait supporter. Il n'est pas sûr que notre ami ait passer une si bonne nuit. Même si de très basses températures sont rares, mais pas si exceptionnelles que le prétendent les medias adeptes de superlatifs, on est jamais assez prévoyant.
Petite piqûre de rappel (tirée d'un manuscrit en voie de parution)
Votre équipement sera ce que vous l’aurez fait, tant pour ses défauts que pour ses qualités.
N’oubliez jamais :
— que votre confort, votre sécurité, voire votre vie en dépendent ;
— qu’être suréquipé ne sert à rien, si le matériel ne vaut rien ;
— qu’être sous équipé apprend peut-être à se débrouiller, mais peut surtout vous mettre en péril ;
— que le plus cher n’est pas forcément le meilleur et inversement.
Par conséquent, chaque élément doit être choisi avec la plus grande circonspection, en favorisant la fiabilité plutôt que l’esthétique.
Quand vous le pourrez, faites vous prêter du matériel et testez le pendant deux ou trois jours en situations difficiles, sans pour autant vous exposer inutilement à des dangers. Notez vos remarques, les bonnes comme les autres. Forts de cette expérimentation, faites une liste de ce dont vous aurez besoin en fonction des conditions dans lesquelles vous envisagez de camper le plus souvent, puis définissez les extrêmes éventuels auxquels vous pourrez être un jour confrontés, enfin évaluez un budget global. Alors, vous pourrez songer à faire vos achats. Mais :
— ne vous précipitez pas chez le premier vendeur venu ;
— procurez vous des catalogues (distributeurs et fabricants) ;
— allez en reconnaissance dans différents magasins ;
— demandez des conseils supplémentaires à des campeurs confirmés ;
— pour un produit identique, optez toujours pour la qualité immédiatement supérieure (solidité, fiabilité) à celle que vous avez sélectionnée, les quelques francs en plus se retrouveront lors de circonstances précaires ;
— équipez vous au meilleur rapport qualité-prix, en n’ayant pas de fournisseurs exclusifs et en vous adressant à la concurrence, quand vous trouvez mieux.
— méfiez vous des articles toilettés comme une prostituée (maquillée par dessus la crasse) leur clinquant dissimule une piètre qualité.
— soyez exigeants dans le choix de votre matériel, refusez toujours la médiocrité ;
— n’achetez jamais un prix, une marque, mais un produit vrai.
Malgré ces précautions n’accordez pas une confiance aveugle à votre matériel, restez vigilants et vérifiez régulièrement son état : avant de partir, pendant son utilisation et au retour. Réparez ou remplacez sans attendre ce qui doit l’être. Si vous connaissez ses points faibles, vous pourrez les contrecarrer et vous vous éviterez des déboires dans bien des cas.
Pouvoir compter sur son matériel, c’est en connaître les limites.
Ne partez jamais avec du matériel défectueux, en pensant le réparer ultérieurement. Beaucoup de gens sont morts pour avoir agi ainsi.
Au fil des ans, votre équipement subira des modifications selon vos exigences, les solutions que vous trouverez ou ce par quoi vous remplacerez ce qui est usé ou dépassé techniquement. Là, seule votre propre expérience vous dictera votre conduite.
Enfin, si vous allez à pieds, gardez à l’esprit que vous porterez seuls ce dont vous vous serez chargés.
Camper est à la portée de tous ; le faire dans de bonnes conditions ne demande qu’une préparation technique et psychologique. La civilisation, a augmenté la grégarité naturelle de l’homme, elle lui a parallèlement émoussé son instinct migratoire et ses facultés d’adaptation immédiate à une situation nouvelle quand celle-ci présente des caractères inhabituels de précarité ou l’extirpe de son confort technologique quotidien.
L’équipement est là pour l’aider à reconstituer, hors de chez lui et dans une certaine mesure, cet univers douillet et sécurisant duquel il a accepté de sortir momentanément, à moins qu’il y ait été contraint par les caprices de la nature ou de ses semblables.
Les matériels et techniques de base nécessaires au campement sont peu différents d’une région ou d’une saison à l’autre ; en effet, vous ferez la cuisine sur le même réchaud et dans la même gamelle où que vous soyez et le même type de toit vous abritera des ardeurs du soleil comme des chutes de pluie ou de neige. Par contre, une chaleur estivale vous chassera de la tente dans laquelle vous vous blottirez en hiver.
Les seules variations notables concernent l’habillement pour lutter contre les météores et les températures. En privilégiant un équipement et des vêtements pour les basses températures, vous pourrez les adapter à leurs inverses, plutôt que le contraire, car il est plus facile de se découvrir quand on a trop chaud, que de ne rien avoir à enfiler s’il se met à faire froid.
Les conseils verbaux ou écrits ne valent que pour se qu’ils sont, aussi pertinents soient-ils ; certes, ils apporteront des éléments de réponses à la plupart de vos questions, mais ne remplaceront jamais l’expérience personnelle. Pour vous en convaincre : on n’apprend pas à nager en lisant les instructions d’un manuel de natation, au moment où on se noie.
Cependant, en toutes circonstances votre unique préoccupation doit être :
SÉCURITÉ, D’ABORD !