Ça a commencé comment ?
Samedi 1er juin je suis à Dinard avec un pote, au cours de la soirée on parle des randos qu'on a fait et qu'on veut faire. Il a traversé les alpes de Nice (d'où il vient) au lac Léman il y a quelques années et veut traverser les Pyrénées d'est en ouest cet été. De mon coté la plus grosse rando que j'ai fait à pieds c'est la Bretagne du nord au sud (de Pénestin à Saint Malo) et je veux depuis longtemps faire le tour de Bretagne. C'est comme ça que de fil en aiguille j'ai fini par dire en allant me coucher (assez tard dans la nuit) que je partait le lendemain faire le tour de Bretagne à pieds.
Une photo prise ce soir là:

Le lendemain je me réveille, la tête dans le pâté, beaucoup moins motivé qu'en allant me coucher. Je ne dis rien, petit dej, toilette, mais mon pote me rappelle bien vite mes propos...
Midi, il m'a convaincu. Je prépare mon sac en y entassant de quoi dormir (duvet, matelas mousse et un abris léger prévu pour la pêche),de quoi préparer à manger (gamelle, couverts, un peu de bouffe pour moi et 2kg de croquettes pour le chien), une petite trousse de toilette/pharmacie, quelques fringues, un bouquin, papier, crayon. Dans mes poches mon portable, mes papiers, un opinel et de la ficelle. Du tabac et des feux aussi. 15 heures, je pars sur le GR 34.
Dinard – Morlaix :
Jour 1 : Ça commence bien, j'ai pas pris de flotte. Le soir, après avoir trouvé de l'eau et un coin ou me poser, je me rends compte que j'ai aussi oublié mon poncho de pluie, il faut trouver autre chose four faire une gamelle pour que le chien boive. J'ai pas avancé, je me dis que j'ai fait une grosse connerie.
Jour 2 : Debout à 6h, la tête va mieux, les jambes vont toujours bien. Je marche jusqu'à Pléboulle où je sais qu'il y a un camping tranquille et pas cher histoire de prendre une douche et laver mon linge (je suis parti crade). En chemin récolte de coques avec une fille du coin. C'est une habituée et elle me donne des coques déjà dé-sablées pour manger le soir et m'explique comment les préparer. Miam les pattes au coques ! J'en profite pour récupérer des bouteilles d'eau et de quoi faire une gamelle pour le chien.
Jour 3 : Journée tranquille, je décide d'éviter le cap Fréhel et prends les petites routes en direction de Pléneuf val André. Arrivé de bonne heure j'en profite pour faire le plein de bouffe et trouver un coin peinard où me poser pour la nuit.
Jour 4 : Gr 34 jusqu'à Saint Brieuc, je finis la journée avec le genou droit en vrac et la cuisse du même coté avec une espèce de contracture, la côte c'est pas plat ! Marre de manger des nouilles, je vais manger en crêperie. Je vais me coucher en me disant que ça ira mieux demain.
Jours 5,6,7 : Le lendemain ça n'allait pas mieux. Je dois rejoindre un pote à coté de Morlaix dans 4 jours pour faire le plein de croquettes pour le ouaf, J'en ai marre, je décide d'y aller en stop et de rentrer après le weekend.
Morlaix-Chateaulin :
Jour 8 : Je suis finalement reparti, mais avec des ambitions à la baisse. Je décide d'aller droit vers Crozon, la suite on verra. Je prends tantôt les petites routes tantôt le GR 380, des fois même des petits chemins sans trop savoir ou je vais arriver. C'est toujours pas plat mais mon genou me fait moins souffrir. Je passe la nuit près du barrage de Drennec, j'ai l'impression d'avoir fait ma plus grosse journée.
Jour 9 : Je décide de suivre le GR jusqu'à la forêt de Cranou. Au bout d'un moment j'ai l'impression d'aller à l'envers. Je decide de suivre les petites routes, en me guidant autant à l'instinct qu'avec le soleil. Je finis par retomber sur le GR qui va dans la direction où je veux. Je l'emprunte jusqu'à la forêt de Cranou. Il ne fait plus beau mais pas trop de pluie pour l'instant. Le genou ça va.
Jour 10 : Temps de merde ! Je laisse Crozon pour plus tard et pars en direction de Chateaulin que je connais pour y avoir fait quelques chantiers. Je traine les bistrots en espérant y croiser quelqu'un que je connais. Je suis dégueulasse et mon chien pue, c'est pas gagné ! 20H, je décide d'aller dormir dans un endroit tranquille prés du canal. Arrivé sur place un couple est posé en camion avec leur 3 chiennes. Les présentations se font, les chiens d'abord, puis les humains et je me retrouve rapidement à la douche puis apéro, bouffe et veillée autour du feu. Il ne pleut plus.
Jour 11 : Il pleut, je reste avec Orée et Ronan, repos.
Chateaulin-Ploermël :
Jours 12 : Il pleut encore mais il faut que j'avance. Comme je connais déjà la côte sud et que j'ai une copine qui propose de m'héberger quelques jours à Ploermël je met le cap à l'est pour le retour, en suivant le canal de Nantes à Brest (ou l'inverse). Mon camion me manque, je serais bien resté à Chateaulin.
Jours 13 à 18 : Le canal c'est long et monotone, je marche, toujours en avant puisque je risque pas de me perdre. C'est enfin plat. J'ai vu ma première loutre un matin de (très) bonne heure.
Jours 19 à 22 : Je squatte chez une copine à Ploermël, au programme grasse mat, soirée de fous et nuit de plaisirs. Je repars plus fatigué que je suis arrivé mais ça fait du bien au moral.
Ploermël-Tinteniac :
Jours 23-24 : Traversée de la forêt de Paimpont, je me suis jamais autant senti seul en passant la nuit en forêt. Je retrouve le GR à Tréhorenteuc et le suis jusqu'à Montfort sur Meu, où je passe une nuit chez ma frangine.
Jour 25 : Je vais chez mon autre frangine, à 15 km de là.
Jours 26-27 : Je rejoins Tinteniac pour suivre le canal jusqu'à Rennes.
Jour 28 :Un pêcheur me demande un coup de main pour passer les écluses. C'est moins fatiguant en bateau qu'à pieds mais c'est plus long. Baptême pour le chien qui a bien flippé et rejoint 2 fois la rive quand le bateau se mettait à bouger avant de comprendre que c'était moins fatiguant de rester dessus...
Jours 29-30 : Je longe le canal une bonne partie de la journée puis décide de rejoindre la forêt de Rennes par le GR 39. Petite nuit dans les bois puis je rejoins la vilaine à Acigné.
Jours 31-32 : À partir d'ici je connais par cœur, je suis plus ou moins la vilaine par les petites routes jusqu'à Servon sur Vilaine et rattrape la forêt de la corbière jusqu'à mon point d'arrivée, à 10 km de la lisière de la forêt.
Les chaussures à l'arrivée après 5 ans de bons et loyaux services (3 poses de semelle chez le cordonnier):

Bilan : J'ai retrouvé mon pote du début (qui n'y croyait pas trop) et mon camion. Mes chaussures sont mortes, mon pantalon aussi mais même si j'ai pas suivi le chemin prévu je suis content d'avoir fait ce périple. Ça m'a permis de voir mes limites coté marche, coté bushcraft j'ai fait du feu à peu près deux soirs sur trois, j'ai taillé un baton de marche quand j'avais mal au genou (qui est en train de devenir un arc pour mon filleul), le chien a bouffé un caneton et j'ai vu quelques animaux que je n'avais pas encore pu observer. Des milliers d'empreintes aussi.
Je l'ai fait au jour le jour, comme je vis d'habitude et je serais bien incapable de suivre un itinéraire prédéfini. Si c’était à refaire je le referai en vélo, pour avoir une plus grande autonomie niveau bouffe et eau. Il y a des endroits où je suis passé ou ce serait impossible en vélo, mais j'aurais surement plus fait ''le tour'' en vélo, les dénivelés me genant beaucoup moins. Au final c'est pas vraiment une réussite mais ça a fait une belle rando où j'ai appris quelques trucs, un pas de plus vers l'autonomie... Et le tro breizh qui reste à faire !



