Vendredi 23 mars 2012.
Le réveil me tira du lit à 4 h 45. Je fis mes ablutions matinales, m’habillais, puis déjeunais avec mon épouse.
Mon téléphone mobile sonna à 6 h 15, Sumadinac m’annonça être tout proche de chez moi. Nous descendîmes mes bagages dans la rue, quasiment en même temps qu’il arriva.
Nous chargeâmes mes impedimenta dans sa fourgonnette, puis partîmes chercher Mrs (Mistress ?) douille à Clamart. Après quelques recherches dues aux fausses routes indiquées par le GPS, à cause de travaux urbains, nous l’aperçûmes enfin à un arrêt de bus, non sa pilosité faciale ne laissait aucun doute sur son sexe. Je ne crois pas qu’il s’imaginait que le bus l’aurait conduit là ou nous allions, même avec beaucoup de tickets ? Enfin, nous empruntâmes l’autoroute en direction du Sud-Est de notre beau pays. Inutile d’évoquer la monotonie du trajet. À midi, nous fîmes une halte hygiénique et en profitâmes pour manger un casse-croûte dînatoire. Petit café avant de reprendre la route jusqu’au prochain arrêt technique : vidange des passagers, remplissage du réservoir du véhicule, re café.
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Peu après Avignon nous quittâmes cette voie de grande circulation pour une départementale qui longeait la Durance, ensuite le parcours fut de plus en plus sinueux : un zig à droite, un zag à gauche, encore un zig puis un zag ; bref ! que des zig-zags jusqu’à notre destination finale, Artignosc-sur-Verdon où nous arrivâmes enfin vers 18 h 30. Là, trois individus aux mines aussi patibulaires (mais presque) que les notres, vinrent à notre rencontre.
Présentations faites, il s’agissait bien de nos futurs compagnons. L’heure étant ce qu’elle était, ils nous dirent qu’il fallait rejoindre rapidement le lieu de camp. J’avertis que je ne pouvais porter mon barda, les trois compères s’en chargèrent et allégèrent aussi mes co-passagers. Bien leur en prit : azimut brutal à travers le maquis et une pente raide comme un passe-lacet, je grimpais avec difficulté, manquant d’air et d’entraînement à tel point que je finis l’ascension presque à quatre pattes. Oui, oui !
Lorsque nous atteignîmes le lieu de ce qui n’était encore qu’un bivouac aménagé, la nuit tombait (sans se faire mal j’espère ? la pauvre !), l’obscurité fut vite totale. Mrsdouille et Sumadinac, dressèrent chacun leur abri-bâche pour la nuit. De mon côté, ayant récupéré mon souffle, très optimiste sur la météo, je me contentais d’aménager ma couche avec les frondaisons des arbres et le cosmos comme toit. Néanmoins, je gardais mon poncho à portée de mains, on ne sait jamais…
Cette urgence accomplie, c’était l’heure de l’apéritif : petits fours maisons servis dans des sacs plastique, Pineau des Charentes dans des coupes cristallines en aluminium ou acier inox extrudés.
Les choses sérieuses commencèrent quand nous attaquâmes le dîner ; au menu : pâtés de volailles et paysans, pâté en croûte, viande séchée de Duddley, côtes de bœuf de Zoulou, légumes déshydratés de Mrsdouille, fromage, desserts variés à base de fruits séchés, le tout arrosé d’eau, de jus de fruits naturels ou fermentés dont de la tisane de bois tordu d’un cru du bordelais, café, pousse-café ce dernier grâce à Sumadinac. Nos assiettes étaient dans la même porcelaine que nos verres.
La convivialité et la satisfaction délièrent les langues, la conversation s’anima et partit dans tous les sens ; l’humour et la bonne humeur donnèrent au débat un esprit rabelaisien, normal en pays de France. Les saillies fusaient (logique avec tous ces hommes), les mises en boîtes bon enfant étaient la norme.
00 h samedi 24 mars 2012.
D’un commun accord nous décidâmes, ou étaient-ce les yeux qui se fermaient tout seuls ? d’aller dormir.
Je n’eu pas froid, bien que mes douleurs se réveillassent à cause du matelas rambourré de pierres que m’offrait la terre dans son immense générosité.
6 h 30.
Le besoin de soulager une miction pressante, me tira de la chaleur de mon sac de couchage. Aïe, aïe, le vieux était coincé de partout, il lui fallut dégripper sa mécanique rouillée. La petite perte de poids effectuée, je ravivais les braises de notre feu et l’alimentais à nouveau pour le café matinal. Petit à petit les uns et les autres apparurent, les yeux encore en capote de fiacre. Eux aussi allèrent rendre de l’eau à la terre, pendant qu’il en était mit à chauffer pour le café et la tisane anglaise. Le petit-dejeuner du matin (PDDM) fût assez frugal.
La matinée fut consacrée à transformer le bivouac en semblant de camp, en améliorant son confort. Des feuillées furent creusées, ce qui démontra la supériorité de la pelle-pioche pliante sur la pelle tactique pour des travaux de terrassement. De vrais bancs furent construits, ce qui n’empécha pas certains de délirer : Chasseur fantasma sur la tarière en s’en affublant en guise de faux pénis, qui espérait-il tarauder ainsi ?
Nouveau Priape ou était-ce le Faune hantant ces bois ?
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Heureusement que la gens féminine n’était pas représentée, nous aurions craint pour son intégrité physique. Ensuite chacun montra ses réalisations et acquisitions coutelières : une vraie foire-expo.
Soudain à notre grande surprise, d’une hutte à toit de nylon, surgit un être hiruste, vêtu de surcroît de peaux de bêtes et d’une maigreur extrême.
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Il semblait vraiment affamé car il fouilla sous son aisselle y cherchant, sans doute, quelque chose de comestible ?
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Nous comprîmes à ses grognements à peine articulés qu’il était le chef de l’endroit. Effectivement, il s'assit dans la fourche d’un arbre abattu qui lui servait de trône.
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Cependant, nous nous aperçûmes très vite que l’individu se croyait roi parce qu’une peau de renne le ceignait.
Ces activités diverses nous amenèrent tout doucement à l’heure du déjeuner. Re apéritif — vraiment symbolique — et nous fîmes un sort au demi cochon de lait farci, apporté par mes soins, enfin je croyais ! Il n’en fut consommé que la moitié. Il faut dire qu’il y avait abondance de victuailles, chacun ne voulant être en reste, il y avait pléthore.
L’après-midi, quatre allèrent voir si le lac ne s’était pas évaporé depuis notre arrivée et tentèrent la baignade. L’eau glaciale calma les téméraires ; plus courageux, Zoulou ôsa s’immerger totalement. Sumadinac resta avec moi au camp où, munis de pinces, nous cherchâmes désespérément à coincer la bulle. Les explorateurs-baigneurs revinrent chargés de bois d’arbre dont du gras. Puis, un petit atelier de matelotage s’improvisa. Il fut aussi apporté quelques améliorations aux petites installations existantes. Plus tard, les sorciers du feu se bricolèrent des amulettes votives avec des bûchettes de bois gras allume-feu, ils les percèrent pour les porter en collier. De son côté, Duddley se débattait seul avec une bille de chêne afin d’en tirer un manche de hachette. Je lui montrais comment improviser un « banc d’âne » ou « colombe » : petit établi pour le travail du bois.
Le Maître (soixante-treize).
L'élève. Heureusement, il choisit de mettre son chapeau, plutôt que son bonnet, pour s'asseoir sur le banc d'âne.
Où le profane égale le maître.
Le temps s’écoulant inexorable, c’était déjà l’heure du dîner. Même motif, même punition, un bon repas nous réunit à nouveau ; avec une variante, il y a du foie gras en entrée, de la viande de porc séchée, proposée par Sumadinac. Une fois de plus, il y avait tant de bonnes choses qu’il m’est encore aujourd’hui difficile de m’en souvenir, ni dans quel ordre elles furent servies.
Nous n’oubliâmes pas de mettre nos montres à l’heure d’été. La fatigue m’envoya me coucher vers 22 h 30. Les autres veillèrent encore un peu, puis le silence relatif de la forêt se fit autour de nous.
6 h dimanche 25 mars 2012.
Les mêmes causes que la veille m’obligèrent à me lever. Il faisait encore nuit. Je m’installais près du feu, le redémarais timidement pour ne pas réveiller les dormeurs. Très vite, Sumadinac vint me rejoindre. Nous fîmes la première flambée dominicale pour nous réchauffer nous-mêmes et la première eau du premier café. Peu à peu, nous nous retrouvâmes tous autour du feu pour le dernier PDDM encore plus frugal que la veille. Sans nous presser, nous rangeâmes nos affaires, démontâmes le camp et nettoyâmes son emplacement pour n’y laisser subsiter que le moins de traces possibles.
11 h.
Nous redescendîmes vers le lieu de départ près de la rive du lac. Encore une fois, je n’eu rien à porter grâce à la gentillesse de tous.
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Arrivé sans encombre, Sumadinac emmena Chasseur et Zoulou26, chercher leur voiture respective, ils en profitèrent pour acheter du pain. À leur retour nous déjeunâmes du casse-croûte de l’adieu, en finissant le foie gras, entre autres. Puis nous chargeâmes les bagages, l’heure du départ approchant.
12 h 30
Après de cordiales poignées de mains et de chaleureuses accolades nous prîmes congés les uns des autres, nous souhaitant bonne route avec l’espoir de nous revoir bientôt.
Sumadinac suivit Zoulou, jusqu’à l’auroroute ; de là, nos itinéraires divergeaient dans des directions opposées. Nous voilà, repartis Sumadinac, Mrsdouille, dit le bichon Nénesse Café, et moi-même. Pour le retour, voir la première partie de ce récit, à lire en sens inverse, forcément !
22 h 30.
Nous déposâmes Mrsdouille pratiquement là où nous l’avions trouvé à l’aller.
23 h 15.
Nous arrivâmes devant chez moi. Sumadinac eut encore la gentillesse de monter mon plus gros sac jusque devant ma porte pallière. Nous nous quittâmes, il avait encore de la route à faire pour retrouver sa petite famille. D’après ses dires, elle fut à nouveau réunie aux environs de 00 h.
De tout ce séjour, je retiens surtout la franche amitié, la gentillesse et l’humour, source de longs moments d’hilarité, communs à tous. Le tout couronné d’une météorologie vraiment clémente. Et si les bichons avaient été des femmes, les six biches auraient indisposé les non fumeurs, mais on les appellerait les six clopes. Mon œil !
Bilan critique.
Le positif :
- personne ne se prend au sérieux ;
- le sérieux des tâches accomplies ;
- la spontanéité ;
- le partage ;
- la gentillesse ;
- la gaieté ;
- un certain non-conformisme ;
- la franche camaraderie.
Le négatif :
- distance excessive pour certains ;
- manque d’organisation de la part du ou des initiateurs (s) ;
- manque de rigueur (qu’il ne faut pas confondre avec autoritarisme) dans l’organisation des activités. Sans toutefois s’y tenir strictement, en avoir une est nécessaire.
- Manque de coordination surtout en amont (qui apporte quoi pour faire quoi ?). À partir de deux personnes, une préparation est indispensable, même si ça enlève parfois la spontanéité de l’improvisation.
- L’emplacement du camp était dépourvu d’eau potable, il y a une différence entre un bivouac d’une nuit et un stationnement de plusieurs jours.
- En cas d’accident nécessitant une intervention médicale avec évacuation sanitaire, il eut été difficile aux secours d’arriver jusqu’au blessé ou pour nous de l’acheminer jusqu’aux voies carrossables. Sans pour autant avoir besoin de moyens lourds, nous ne savions pas où trouver le médecin le plus proche. Appeler le 15 ne suffit pas toujours pour être secouru rapidement. S’il y avait eu un médecin parmi nous, il eut été possible que ce fût lui qu’il faille secourir.
- Mon manque de forme physique, cause de contraintes supplémentaires pour le groupe.
Ceci dit l’improvisation n’est pas à rejeter à condition de certaines garanties.
Bilan général très positif grâce à la bonne entente spontanée de parfaits inconnus avant la rencontre.
Conclusion.
À refaire avec une préparation logistique et une intendance plus soignées : le nombre s'accommode mal de l'improvisation.
Blizzard
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